Derniers vus

Au delà de la grande critique hebdomadaire, chaque film vu aura désormais sa mini-critique (un paragraphe environ) qui condensera succinctement mon opinion sur chacune des œuvres (re)matées au cours de l’année 2014. Tous les mois, une page postée sur le blog concentrera l’ensemble des critiques effectuées pendant le mois écoulé. Bonnes lectures !

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J'aimeL’exemple type du classique qui a un peu vieilli. Victime de son succès, ce thriller parano, pionnier dans son genre, a depuis inspiré des décennies de réalisateurs et de nombreux films d’espionnage. Adaptation du Six days of the Condor de James Grady, Sydney Pollack réalise son métrage en plein après-Watergate, dans un climat de méfiance totale envers le gouvernement en place. En résulte un polar politique sous de fond de CIA, d’agents secrets, d’espions et de documents confidentiels. C’est efficace mais pas follement original. Robert Redford, en quidam dépassé par les événements, se cache chez sa voisine (Faye Dunaway, juste mais inutile) et échappe à une série d’assassinats. Le rythme est plutôt lent mais joue bien son rôle dans l’atmosphère voulue par le cinéaste : inquiétante et dangereuse. Un sentiment renforcé par la présence froide et austère d’un Max Von Sidow particulièrement effrayant. Rien de désagréable dans ce classique du film d’espionnage, juste une impression de déjà vu, logique, qui n’a pas de prise sur le sens, intact, de mise en scène du réalisateur. Some things never get old.

Les 3 Jours du condor : De Sydney Pollack (1975)
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Je n'aime pasOn peut difficilement faire plus classique : Mark Kaminsky (Arnold Schwarzenegger), ex-agent du FBI, viré pour bavure, se voit proposer une chance d’être ré-intégré. Pour cela il doit infiltrer le milieu mafieux de Chicago et déjouer les plans du parrain de la pègre, Luigi Patrovita. Un des films les plus connus de John Irvin, on a du mal à comprendre pourquoi. Ce polar anémique, qui ressemble à du sous De Palma, ne convainc jamais véritablement. Tout y est trop grossier, Kaminsky intègre la pègre en un claquement de doigt, les retournements de situations sentent le déjà vu à plein nez et les scènes d’actions pas crédibles pour un sous (comme souvent avec le governator mais bon). Surtout, Irvin n’a pas d’idées. Tout cela est très linéaire et repose uniquement sur les larges épaules de son acteur principal. Or, Arnold n’a jamais été un grand acteur de composition. C’est donc rarement subtil et passablement moyen.

Le Contrat : De John Irvin (1986)
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Je n'aime pasRemake d’une comédie homonyme des années 40, La vie rêvée de Walter Mitty est la cinquième réalisation de Ben Stiller. Il y incarne un loser de première ordre, employé au magasine Life, enfermé dans son quotidien. Triste, Walter Mitty s’évade régulièrement, se perd dans ses pensées et fantasme tout ce qu’il n’oserait faire en réalité. Un portrait éculé de premier de la classe : ses collègues se moquent de lui, approcher la femme qu’il aime le terrifie, il bafoue ses mots et n’a aucune présence. Mais le climax arrive : l’entreprise Life ferme ses portes et bascule sur internet (véridique). Mitty doit alors retrouver le négatif manquant qui servira à la couverture du dernier magasine. Une chasse au trésor commence pour Walter, il part à l’aventure ! Surprise, évasion, rythme, éblouissement, c’est tout ce qui nous vient en tête à l’évocation du voyage. La vie rêvée de Walter Mitty c’est l’exact opposé : sans surprise, manichéen, mal rythmé et très inégal, le film est un échec. On cherche des scènes mémorables mais là aussi, on sèche. Le grand frisson de l’aventure ? Résumé à des panoramas sous fond de grande musique. Le rire ? On oublie. Bref, rien n’est au rendez vous dans cette comédie fabriquée, sans idées qui, malgré tout, respire la sincérité et se sauve par la beauté de ses images. On attendait bien plus.

La Vie Rêvée de Walter Mitty : De Ben Stiller (2014)
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Je n'aime pasFranck, 40 ans, passe ses après-midi au lac, aux côtés d’Henri, un divorcé solitaire, et Michel, avec qui il entretient une relation charnelle. Tout bascule lorsque Franck assiste au meurtre de l’amant de Michel. On a peu entendu parler de cet Inconnu du Lac, dernier film d’Alain Guiraudie, pourtant sorti en plein débat du mariage pour tous. D’abord présenté au Festival de Cannes dans la catégorie «Un certain regard», le métrage a connu un accueil critique dithyrambe. À la vu du film, on peine à comprendre tout cet enthousiasme. Certes, la photo est belle et la nature très bien mise en scène. Les dialogues, naturalistes et intimes, sont aussi gages de qualité et Guiraudie dirige plutôt bien ses acteurs. En dépit de ses bons points, ce huit-clos à ciel ouvert ne dévoile jamais clairement ses intentions et tourne souvent en rond. On devine différents niveaux de lectures, dont celui de notre rapport à la mort (personne ne s’émeut du meurtre et la vie reprend vite son cours normal) et à l’attachement (l’amitié avec Henri, la passion avec Michel, le sexe avec les autres). Mais tout cela est trop brumeux. De la même façon, à vouloir naviguer entre les approches, le cinéaste se perd : il n’en dit pas assez là où il en montre trop. Pourquoi autant de réalisme et d’exubérance dans les scènes de sexe ? Christine Boutin appréciera. Bref, on reste de marbre face à ce thriller gay en eau trouble qui se cherche et nage sans véritablement savoir où se diriger.

L’Inconnu du Lac : D’Alain Guiraudie (2013)

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J'aimeNew York, 1921, Ewa et sa sœur Magda arrivent dans le nouveau continent après avoir quitté leur Pologne natale. À peine arrivée, Magda, atteinte de tuberculose, est placée en quarantaine. Pour Ewa, c’est le début d’une grande lutte pour sa survie et celle de sa sœur. Le retour du classicisme Américain ? À travers ce nouveau mélodrame, James Gray pose la question et renvoie au cinéma du siècle dernier. Teintes sépias, lenteur du rythme, triangle amoureux, Gray ressuscite le New York des années 20 et déconstruit une certaine idée de l’Amérique. Un regard tragique sur la naissance d’une ville et son immigration, gigantesque, porte ouverte à toutes les dérives. Ewa (Marion Cotillard) en subit les conséquences : recueillie par un influent proxénète, elle est amenée à se prostituer pour sauver sa sœur. L’actrice est immense : bouleversante, juste, troublante, Cotillard trouve son plus grand rôle et forme un tandem remarquable avec le toujours génial Joaquim Phoenix. Sous l’œil d’une mise en scène inspirée (aucun plan n’est à jeter) Gray se fait s’entre-déchirer ses personnages autour des thématiques de la rédemption et du sacrifice. Le scénario est loin d’être exceptionnel mais tout paraît si maîtrisé qu’il est difficile d’y trouver à redire.

The Immigrant : De James Gray (2013)
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J'aime beaucoupAdaptation du livre « A Captain’s Duty : Somali Pirates, Navy SEALs, and Dangerous Days at Sea« , Capitaine Phillips raconte l’histoire vraie de l’attaque du Maersk Alabama, navire de marine marchande américain, par des terroristes somaliens. Qui mieux que Paul Greengras, un des meilleurs actioners américain actuel, pour adapter l’incroyable récit de Richard Phillips et de son bateau ? Caméra à l’épaule, mise en scène intensive, ultra-réalisme, le cinéaste fait de Capitaine Phillips un thriller en haute mer d’une redoutable efficacité qui n’octroie pas grand chose au spectateur en terme de respiration. Tom Hanks est évidemment au centre des événements et le personnage qu’il interprète l’incarnation typique du héros américain (en réalité, il est attaqué en justice par son équipage). Pour autant, aucun manichéisme à l’horizon : Phillips est présenté comme un être profondément humain (sa dernière scène, la plus belle, est poignante), et les terroristes somaliens comme des victimes de la surpêche étrangère. La dernière demi-heure est électrique et l’intervention militaire Américaine un grand morceau de bravoure qui n’est pas sans rappeller l’anthologique raid final de Zero Dark Thirty. Bluffant.

Capitaine Phillips : De Paul Greengrass (2013)

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J'aimeAu tour de Wong Kar Wai d’adapter sur grand écran la vie du célèbre IP Man, maître légendaire de wing chun et futur mentor de Bruce Lee. Une version plus classieuse que celles de ses prédécesseurs (Donnie Yen, Wilson Yip et Herman Yau), plus ambitieuse aussi, la chronologie du film s’étirant sur presque 20 ans. De l’invasion japonaise, en chine, à l’enseignement de son art, à Hong Kong, le scénario de The Grandmaster est dense mais finalement assez décousu. En faute : de trop nombreuses ellipses ainsi que des enjeux principaux assez faibles. L’ambition est là mais la frustration demeure, le portrait du maître chinois (Tony Leung, charismatique) aurait mérité une fresque de plus grande importance (l’occupation japonaise est totalement survolée). En lieu et place, un grand exercice de style : ralentis gracieux, photographie esthétisante, chorégraphie impeccable. Une vraie claque artistique. Et ? C’est tout. Un peu mince.

The Grandmaster : De Wong Kar Wai (2013)

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J'aime beaucoupAvant dernier film de James Gandolfini (il décède deux mois avant la sortie) All About Albert est avant tout une belle comédie sur l’après divorce. Julia Louis-Dreyfuss et James Gandolfini, deux habitués du petit écran, campent deux divorcés terrifiés par leurs solitudes (la fille de chacun est en départ imminent du foyer) et par le fossé générationnel qui se creuse entre eux et le monde qui les entoure. Nicole Holofcener tape souvent juste, cible les travers de chacun et interroge sur la passion naissante : et si nous connaissions par avance ce qui nous énervera chez l’autre plus tard ? A travers sa rencontre avec l’ex de son amant, le personnage incarné par Julia Louis-Dreyfuss en fait l’amer expérience. C’est souvent drôle, attendrissant, notamment grâce à l’immense Gandolfini, et particulièrement solaire. On en ressort avec une franche banane, convaincu d’avoir vu plus qu’une simple romance indépendante. Le casting y est pour beaucoup.

All About Albert : De Nicole Holofcener (2014)

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J'aimeJep Gamberdella, ancien écrivain, désormais journaliste, a 65 ans. Pour lui, c’est l’heure du bilan. Désabusé, érudit, mélancolique, l’homme n’a aucune famille, n’a plus rien écrit depuis une éternité et enchaîne les soirées mondaines. Sorrentino réalise là un grand film malade. La mondanité romaine qu’il dépeint est d’un nihilisme affolant, portrait d’une bourgeoisie folle qui ne sait pas ce qu’elle fête : «Ces gens ne savent rien faire, ils ne savent pas où ils vont». Tout cela est d’une grande tristesse mais conjointement plutôt gracieux. La crise existentielle de Jep (Toni Servillo, formidable) est baignée par le métaphysique et les allégories religieuses, en atteste la beauté de certains plans. La Grande Bellezza donne par contre parfois l’impression de tourner à vide, notamment à travers ses nombreuses longueurs et sa relative lenteur. Reste un film d’une grande désespérance, portait sans concession d’une bourgeoisie qui tourne en rond et d’un homme qui n’avance plus. «Si Proust n’a pas réussi à écrire sur le néant, pourquoi y parviendrais-je ?» se demande Gamberdella. De cette absurdité, Sorrentino réalise une œuvre dépressive mais juste sur la vacuité absolue de nos vies. Pas déplaisant.

La Grande Bellezza : De Paolo Sorrentino (2013)

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