Rio Bravo

J'aimeRio Bravo, petite ville du Texas, est tenue par le shérif John T. Chance (John Wayne) et ses deux acolytes : Dude, surnommé Borrachón par les Mexicains du fait de son ivrognerie et Stumpy, un vieillard boiteux qui n’a plus toute sa tête. Ensemble, ils capturent un brigand local qu’ils enferment dans la prison du comté. Problème : leur prisonnier, Joe Burdette, n’est autre que le frère de Nathan Burdette, un riche éleveur influent dans la région. Pour le shérif et ses adjoints, c’est un siège qui s’annonce…

Rio Bravo, pour beaucoup cela rappelle l’autre nom du fleuve Rio Grande (autre film avec John Wayne), frontière naturelle qui sépare les États-Unis et le Mexique. Mais c’est surtout au film d’Howard Hawks auquel penseront les plus cinéphiles. Désormais considéré comme un western culte, l’œuvre de Hawks fût critiquée, à l’époque, comme un western de plus avec John Wayne en tête d’affiche. Son succès commercial resta cependant impressionnant : 5 millions de recette, 2e plus gros succès de la carrière du réalisateur, une vraie réussite. Depuis, nombreux sont ceux qui l’érigent comme plus grand western de tous les temps ou film favori, tel un certain Tarantino. De la même manière, nombre sont les œuvres qui y font références ou l’ont tout bonnement ré-adapté, comme John Carpenter avec Assaut, remake hommage d’un cinéaste à un autre.

On peut donc légitimement ranger Rio Bravo dans la section du «Quoi, tu l’as pas vu ? T’es sérieux ?» cher à de nombreux passionnés qui s’étonnent encore, rieurs, que certains n’aient pas tous vus. Pour autant, vu que le cinéma n’est pas une dictature, il est de bon ton d’expliquer à certains que, non, Rio Bravo n’est pas exempt de tous défauts et qu’il est du droit de certains de ne pas crier au chef d’œuvre à la vue de ce Western aux allures plutôt classiques. Les raisons sont nombreuses, elles se doivent d’être argumentées, on n’attaque pas un col de montagne avec une pair de tongs et un marcel délavé. L’appréciation du cinéma débouche sur la même logique, c’est une règle d’or, Rio Bravo n’en fera pas exception.

Premier point : le manque d’intensité. Gros point noir de la réalisation de Hawks, l’absence de dramaturgie marque particulièrement ce scénario qui en avait l’étoffe. Carpenter l’avait d’ailleurs compris, son remake emprunte à sa source d’inspiration ce qu’il lui rend en tension dramatique. Rio Bravo fait tout le contraire, et ce dès sa première scène, muette, qui voit Joe Burdette assassiner un client du bar avec l’aisance la plus absolue. La suite est du même acabit, malgré la menace constante d’une tentative de libération du prisonnier, rien ne vient supporter la tension que cela aurait dû amener. A la place : ça joue aux cartes, ça rigole, ça chante, ça joue de la guitare, ça discute problème d’alcoolisme, d’amour. En somme : de tout et de rien. Cette grande légèreté, à mêler les intrigues secondaires (qui n’en sont plus) au pivot dramatique principal (qui n’en devient plus un), décrédibilise totalement les enjeux entrepris par Hawks qui, du coup, rend inconséquente la moindre scène de fusillade. Le thème traditionnel mexicain «El Dequello» (qui signifie égorgement) censé prévenir du danger est pourtant très utilisé au sein de l’environnement musical du film. D’une telle annonce on attend encore le résultat. Le danger ? Quel danger ?

Deuxième point : le casting. Loin d’être mauvais, celui ci fait davantage preuve d’une drôle d’originalité. Car Hormis John Wayne, charismatique comme toujours, deux chanteurs viennent jouer les acteurs : Dean Martin (Dude) et Ricky Nelson (Stumpy). Un choix déconcertant qui contribue à la grande insouciance que dégage ces shérifs en danger de mort. Dean Martin joue un alcoolique qui tente de remonter la pente pendant que Ricky Nelson hurle ses bougonneries le fusil à la main, sans parler de Pedro Gonzalez-Gonzalez (Carlos), un hôtelier jovial et nerveux. La bonhomie des trois personnages est plaisante mais n’aide pas vraiment ce western à atteindre l’ambition qu’on lui prête. De même pour Angie Dickinson (Feathers) qui arrive à Rio Bravo par hasard et dévoile bien vite ses sentiments à l’égard du shérif. Un rôle sensuel, peu justifié, qui a l’excuse d’avoir été monnaie courante à l’époque.

Conclusion : C’est en réaction au succès du Train Sifflera trois fois qu’Hawks décida de tourner Rio Bravo. « Je ne pensais pas qu’un bon shérif se comporterait comme une poule décapitée tournant autour d’un village en criant à l’aide pour qu’au final ce soit sa femme Quaker qui le sauve. » Son avis ne regarde que lui mais force est de constater que le sien fait presque la même chose : Wayne demande de l’aide tout le film et se fait aider par une femme, un ivrogne, un gamin et un vieillard. Son Rio Bravo n’est qu’un un honnête western qui manque cruellement d’ambition : trop léger, trop inconséquent, pas assez rythmé, trop répétitif, inutilement long.

«Laissez les personnages raconter l’histoire pour vous. Ne vous souciez pas de l’intrigue. Moi, je ne le fais pas. Tout vient de la manière dont les personnages sont définis et évoluent.» explique le metteur en scène. On retrouve dans sa déclaration les tares de son western : un non souci de l’intrigue au profit des personnages. Jean Gabin disait : « Pour faire un bon film il faut trois choses : une bonne histoire, une bonne histoire et une bonne histoire ». Rio Bravo n’en a aucune.

Rio Bravo : D’Howard Hawks (1959)

Le film est disponible au téléchargement.
Mot de passe : nicolensois
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