Good Morning Vietnam

J'aime beaucoup«Goooood Morning Vietnaaaaam !» hurle l’animateur radio Adrian Cronauer sur les ondes de Radio-Forces Armées Saïgon, poste radiophonique de la zone démilitarisée de la plus grosse ville du Viêt-Nam. On est en 1965, la guerre a commencé depuis maintenant deux ans. Cronauer (Robin Williams) n’est qu’un simple soldat de l’aviation mais fait figure d’animateur célèbre. C’est la raison pour laquelle il est envoyé auprès de son futur adjoint, le première classe Edward Garlick (Forest Whitaker, impeccable). Son objectif : remonter le moral des troupes. L’affiche nous laissait déjà deviner : Robin Williams, l’œil rieur, micro à la main, nous pointe du doigt derrière un drapeau Américain. On saisit l’originalité : Good Morning Vietnam flirtera davantage du côté du MASH de Robert Altman (même si la guerre est différente) que de l’Apocalypse Now de Coppola. Son angle d’attaque : la comédie. Levinson, son auteur, l’a bien compris : une guerre, aussi traumatisante soit-elle, ne se résume pas qu’à des adaptations crépusculaires. A côté des De Palma, des Stone ou des Cimino, Barry Levinson dénote particulièrement en choisissant ce prisme inédit qui reste, encore aujourd’hui, l’intrus de ce cinéma-vietnam qui, entre ses premières adaptations, pendant la guerre elle même, jusqu’à son apogée (86-90) se singularisera par une approche ultra-réaliste, intimiste, viscérale du conflit, délaissant totalement l’aspect satirique d’un tel contexte. Pas Levinson.

De l’homme, les plus connaisseurs ne seront pas surpris. Dénoter, c’est sa spécialité. En 88, il rencontre le succès monstre avec Rain Main et sa vision décalée, tendre de l’autisme. Plus récemment, avec Panique à Hollywood, le cinéaste parodie les grandes stars comme De Niro ou Bruce Willis. En 2013, il détourne le genre du found footage pour alerter des dangers écologiques avec The Bay. Le fond, la forme, c’est ce qui caractérise son cinéma. Voir Williams hurler dans son micro, raconter des blagues, ridiculiser l’état Major Américain dans son premier succès (1987) n’est donc pas si surprenant. Mais détrompez vous, Good Morning Vietnam ce ne sont pas que les pitreries d’un animateur radio. Aussi véridique soit l’histoire, le réalisateur s’inspirant des expériences réelles d’un disc jokey américain sur la radio des forces armées, le film n’évite pas les sujets brûlants. La censure, le conformisme militaire, la manipulation des informations, la colonisation américaine, la prostitution vietnamienne, le terrorisme, le racisme sont autant de propos disséminés, ici et là, sans y prendre garde, malgré le ton léger prédominant, de ce récit à la complexité plus évidente qu’elle n’y paraît.

La station de radio est à ce titre un spectre édifiant quand aux méthodes militaires utilisées sur la dissimulation des informations. C’est à l’écran une des plus belles scènes, elle montre Robin Williams échappant de peu à un attentat terroriste en plein centre ville, quelques heures avant sa prise d’antenne. Dès lors, arrivé au studio, il lui est interdit de communiquer les événements. Cronauer, avec l’ironie constante qui est la sienne, décide d’annoncer l’info en la démentant, ce qui entraîne tout de même sa diffusion et sa compréhension. L’intelligence de tout cela vient des mécanismes psychologiques de tous ces personnages : d’un côté on comprend l’agissement de l’animateur, dépité de constater la censure. De l’autre on condamne sa réaction à chaud, le sachant personnellement affecté. Puis on considère la réaction d’un état major ne voulant pas aggraver le moral militaire, tout en s’agaçant de leur hypocrisie, l’animosité régnante à Saïgon n’étant pas un secret. La complexité du discours tient dans ce simple exemple car Levinson, certes, choisit le burlesque mais ne nie jamais tout le puzzle dramatique inhérent au contexte de la guerre.

Good Morning Vietnam demeure une comédie efficace, très rythmée, très colorée, pleine d’allant, avec un soupçon de mélo, porté par un Robin Williams électrique, souriant, alternant, comme le metteur en scène, différents registres, différentes émotions. Probablement sur ce point, fragile, qu’il est possible de critiquer la réalisation. L’alternance est régulière, elle comporte, du coup, le sentiment fantôme de ne pas savoir où se situer, de tâtonner entre la pure comédie et la dénonciation subtile. Ce manque d’ambition, loin d’être un défaut majeur, rejoint le constat précédent d’un fond s’accompagnant d’une forme sans réelle identité technique. Pas de quoi gâcher son plaisir, cependant, devant cette réussite filmique, anomalie du cinéma-vietnam, qui aura su déroger à la règle pour nous faire sourire aux sons délirants de sa radio fictive à l’identité sonore très rock’n roll. James Brown, Beach Boys, Louis Armstrong, The Doors, sont, entre autres, les artistes composant l’excellente bande son du film. Une belle manière de dire au revoir à cette mouvance du cinéma de guerre, porteuse de grandes émotions. Good Bye Vietnam.

Good Morning Vietnam : De Barry Levinson (1987)

Le film est disponible au téléchargement.
Mot de passe : nicolensois
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