Sergent York

J'aime beaucoupAlvin Cullum York, ce nom ne vous dit sûrement pas grand chose. Il cache pourtant celui d’un des plus grands héros Américains de la première guerre mondiale. L’Histoire raconte qu’il serait venu, à lui seul, à bout d’une position allemande fortifiée qui engendra la capture de 132 soldats. Ce haut fait lui vaudra de nombreuses décorations, dont la croix de guerre Française 14-18. Lors de la grande parade de l’armistice, en 1919, un homme de trente-neuf ans assiste à l’ovation de York. Ce n’est autre que Jesse Lasky, jeune producteur, co-fondateur de la paramount, voyant là un sujet en or à porter sur grand écran. Il faut pourtant attendre près de vingt ans pour voir le rêve du producteur prendre forme, le temps de trouver un metteur en scène, le grand Howard Hawks, ainsi que l’incarnation du héros, finalement attribuée, grâce au véritable Alvin C. York, fan de l’acteur, à Gary Cooper. On comprend ce qui a fasciné Lasky pour en arriver à adapter cette incroyable histoire, ce soldat est plus qu’une grande figure de la première guerre car il possède une caractéristique qui retient l’attention : il est objecteur de conscience. Cette acte religieux, défendant des valeurs pacifistes, antimilitaristes, se définit comme une objection motivée par des impératifs moraux, éthiques ou religieux. Un comportement, par nature, incompatible avec la prouesse militaire qui rend le personnage d’autant plus complexe. C’est de ce point de départ, de cette antinomie, que s’est inspiré Hawks pour donner vie à son récit, notamment dans la description du personnage et de son évolution psychologique, pivot de la narration.

Chronologique, le métrage commence par narrer sa vie de fermier, bien loin du vacarme des ovations et du bruit des fusils, dans la campagne Américaine. Il n’est alors qu’un alcoolique un peu benêt, déprimé, fainéant, oisif, athée, faisant honte à sa famille, C’est sa rencontre avec la belle Gracie Williams puis le pasteur du coin qui vont fondamentalement le changer. York, désormais, a un but : acheter un terrain pour convaincre Gracie de l’épouser, ainsi qu’une raison de vivre, une béquille psychologique : sa foi en Dieu. L’interprétation de Gary Cooper, lauréat de l’oscar cette année là, est remarquable et renvoie à une autre grande performance de cinéma, plus récente, celle de Tom Hanks dans Forrest Gump. L’exemple n’est pas innocent, ce n’est pas que le génie qui rejoint les deux comédiens, ce sont surtout les protagonistes qu’ils composent, diamétralement similaires, jusqu’au plus profond de leurs biographies.

L’un est un peu simplet, naïf, très religieux, attaché à sa mère, vivant en pleine campagne puis appelé à une guerre dont il devient le héros. Et l’autre ? Oui ,mais quel autre ? La première description revient autant au premier qu’au deuxième, les deux ont exactement la même personnalité, le même destin. Zemechis s’est inspiré d’un roman de 1986, non du film de Hawks, mais de qui s’est inspiré l’auteur du Roman, Winston Groom ? Le doute est permis. Les deux réalisations partagent d’ailleurs la même naïveté, la même candeur, Sergent York commence par un texte assez manichéen condamnant la violence en soutenant la paix. Le discours est digne d’une miss France mais se révèle être un indice du ton employé par le réalisateur. La conversion du jeune fermier au catholicisme tient de cet angélisme, la scène concernée témoigne d’une illumination qui emmène, comme guidé par la main du destin, l’élu à l’édifice déique le plus proche. La suite des événements revient toujours à ce principe de destinée qui, de ce fait, affadit le sentiment de crédibilité d’une existence, certes exceptionnel, mais dont on peine à être totalement convaincu.

Le penchant humoristique, léger, voulu par le cinéaste y est pour beaucoup, l’incroyable de son récit l’a poussé à adapter cette stratégie dont on comprend la logique mais auquel il est plus difficile de valider le résultat ; d’autant que le metteur en scène n’est jamais aussi inspiré que lorsqu’il impose ses thématiques. L’objection de conscience face aux dilemmes de l’engagement militaire est le sujet sérieux qui donne à l’œuvre sa richesse narratif, sa dramaturgie de propos. La Bible explique : tu ne tueras point. Ce à quoi le militaire répond : il raconte aussi qu’il faut défendre ses valeurs, se battre pour la bonne cause. Le débat est intéressant à l’écran mais ne convainc pas notre héros, par conséquent un livre lui est prêté «Les plus grands héros Américains». Le temps d’une permission, l’objecteur de conscience se met alors à lire le bouquin dans sa campagne natale jusqu’à changer d’avis. Patriotique, ce film, dites vous ? C’est là tout son propos, York est une figure du rêve Américain, de l’héroïsme nationaliste, le message envoyé : tout est possible en Amérique. Coïncidence de l’histoire, la date de sortie du long métrage précède de trois mois l’entrée en guerre des États-Unis dans la seconde guerre mondiale.

Une des scènes de fin, lorsque le héros revient à l’endroit où il captura les 132 Allemands, donna, en réalité, cette conversation résumant à elle seule tout l’aspect théologique, homérique et moral du film :

– York, comment avez-vous fait ça ?
– Mon Général, ce n’est pas d’ordre humain. C’est une puissance supérieure à celle des hommes qui m’a guidé et protégé et qui m’a dit ce qu’il fallait faire.
– York, vous avez raison.
– Il n’y pas le moindre doute que Dieu y est pour quelque chose. Il n’y a pas sur terre de puissance capable de sortir quelqu’un de cette situation. De chaque côté de moi des hommes ont été tués ; et j’étais le plus grand et le plus exposé de tous. Plus de 30 mitrailleuses ont concentré leur feu sur moi à bout portant à une distance d’à peu près 25 mètres. Lorsque Dieu est avec vous, vous vous en sortez à tous les coups.

Philosophique, méta, héroïque, le film est entré, en 2008, dans le National Film Registry pour conservation à la Bibliothèque du Congrès. On comprend pourquoi.

Sergent York : D’Howard Hawks (1941)

Le film est disponible au téléchargement.
Mot de passe : nicolensois
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