Les 400 coups

J'aimeTout premier film de François Truffaut, les 400 coups est, à plus d’un titre, une étape importante dans la carrière du réalisateur autant que pour celle du cinéma Français. Produit de rien, financé par ses beaux parents, cette première réalisation a souffert, du moins dans son tournage, de tout ce qui découle d’une première fois : inexpérience, tâtonnement, imprévus, contretemps, au point que s’abatte des coupures de courants, l’intervention de la police ou les blessures de certains acteurs. Un parcours chaotique qui se fait l’écho de bien d’autres : les plus grands films se sont-ils tous faits sans encombres ? La réponse est non, on pardonnera cependant plus facilement une œuvre à la lumière de son succès, celui ci fût incontestable : prix de la mise en scène à Cannes, prix du meilleur film étranger à New York, Prix Mélies, succès critique presse et spectateur. Un triomphe qui résonne encore aujourd’hui, le British Film Institute le classant dans son top 10 des 50 films à voir avant d’avoir 14 ans. Un véritable utilitarisme cinématographique à en croire les classements et les grands cinéastes le plaçant dans leurs top 10 personnels.

Face à cette unanimité qui en rappelle d’autres, on a toute la légitimité de se poser la question : a t-on le droit de ne pas adorer les 400 coups ? La question peut paraître idiote, car toute œuvre est subjective, même si le cinéma comporte certaines objectivités liées au caractère fondamental de certains monuments qui le compose. Les Quatre Cents Coups fait parti de cette catégorie, en dépit de tout ce que l’on peut en penser il préfigure d’un renouveau au sein du cinéma Français : la fameuse nouvelle vague. Intimement liés, Truffaut et le cinéma Français opèrent un refonte de leurs aspirations cinématographiques : plus personnel, plus profond, plus intimiste, ce cinéma là est en amont d’une révolution qui façonnera une génération de réalisateurs. Le scénario s’inscrit pleinement dans cette logique : il traite de l’enfance, plus précisément de celle du cinéaste, qui prend le temps de se raconter. Dès lors, bien qu’autobiographique jusque dans ses moindres détails (la plupart des scènes ayant été vécues par Truffaut lui même), les 400 coups peine à retranscrire ce qu’il est censé raconter le mieux : la complexité de l’enfance. Se limiter à mettre en scène Jean-Pierre Léaud sous fond de musique bucolique n’en fait pas pour autant de grande scènes, le voir se faire frapper ou assister à son sommeil dans des endroits insalubres n’aide pas systématiquement non plus le spectateur à éprouver de la compassion. De la même manière il est dommageable de constater à quel point la narration peut être répétitive, notamment dans son déroulement, où Doinel répète les mêmes schémas comportementaux sans qu’aucunes idées de mise en scène ne soit apportées. Ces fugues, symboles de libertés et d’émancipations, peinent à trouver l’émotion nécessaire qu’on est en droit d’attendre de ce type de procédé scénaristique.

Les parents du cinéaste eux mêmes, en assistant au portrait qu’il était fait d’eux, furent saisis par l’incompréhension la plus totale. Au delà de savoir qui a raison il est intéressant de constater à quel point l’œuvre est personnelle et comporte, dans son existence même, une part de ressentiment. C’est cette même rancune qui prive le métrage de sa complexité, puisqu’en s’attelant à mettre en scène une mutation affective, Truffaut en oublie d’en raconter les causes. Les enjeux semblent survolés : pourquoi agit-il ainsi ? Quel est son rapport à la mère ? Est ce vraiment son père ? Que raconte son enfance ? Autant d’interrogations cruciales qui ne trouveront réponses que la fin venue, nous privant de toute l’empathie nécessaire à la compréhension des actes qui régissent le personnage d’Antoine Doinel. Pourtant, malgré les recherches effectuées par le réalisateur autour de la psychologie de l’enfance, rien ne transparaît. Tout reste attaché à Antoine, donc à Truffaut, qui a bien du mal à se raconter, donc à nous émouvoir.

A t-on le droit de ne pas adorer les 400 coups ? Rétrospectivement, la preuve est faite que oui. A t-on le droit de le détester ? Aussi. Et, bien que ça ne soit pas le cas, il est difficile de nier certaines qualités évidentes à la réalisation. Photographie en tête, le métrage est techniquement irréprochable. Ce qui, en connaissance des difficultés de production, est une prouesse en soit. Le casting ne souffre, de la même manière, d’aucune fausses notes, chacun apportant à son personnage la vitalité qui lui correspond. Les 400 coups est donc une première réalisation réussi mais qui, au vu du culte qu’il lui est désormais consacré, peut parfaitement se contester. Le titre, assez trompeur, peut de se fait astucieusement résumer ce qui cloche dans ce premier long métrage : en reprenant l’expression populaire, Truffaut symbolise tout ce qui manque à son scénario : toute la bêtise possible. Et pour un film qui traite de l’enfance, vous me l’accorderez, c’est un peu ballot.

Les Quatre Cents Coups : De François Truffaut (1959)

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